Soutien à Guillaume Erner face à une campagne de harcèlement inacceptable
Le RAAR apporte son soutien à Guillaume Erner, cible depuis des semaines d’une campagne de mise en cause personnelle et de harcèlement menée essentiellement par Jean-Luc Mélenchon. Il est d’autant plus préoccupant que cette campagne trouve un relais au sein de la CGT Radio France, qui en est venue à réclamer l’éviction de Guillaume Erner. Qu’une organisation syndicale appelle publiquement à la mise à l’écart d’un salarié pour le contenu de son travail éditorial constitue un renversement des valeurs qu’elle est censée défendre.
Le montage vidéo diffusé le 24 juin sur France Culture qui associait différents extraits de Jean-Luc Mélenchon à Jean-Marie Le Pen sans toujours en restituer le contexte exact, pouvait légitimement prêter à critique. Guillaume Erner et Radio France l’ont reconnu, des excuses ont été présentées et le passage litigieux a été retiré.
Mais une grande partie des commentaires médiatiques s’est arrêtée là, passant sous silence un élément essentiel : si le montage était discutable, certains propos à caractère antisémite qu’il évoquait, eux, ne relevaient pas de l’invention. Ils ont bel et bien été tenus par Jean-Luc Mélenchon. Réduire toute cette affaire à un simple « montage fallacieux » revient à effacer la réalité de ces déclarations antisémites et à dédouaner Jean-Luc Mélenchon.
Dans ce contexte, l’acharnement dont Guillaume Erner continue de faire l’objet, en particulier sur X de la part de Mélenchon lui-même, est injustifiable. Une fois les excuses présentées, les corrections apportées et le passage retiré, poursuivre une campagne de dénonciation personnelle ne relève plus de la critique légitime d’un travail journalistique.
Le tweet de Jean-Luc Mélenchon du 12 juillet constitue une nouvelle illustration d’une obsession désormais établie depuis des semaines à l’égard de Guillaume Erner. Alors même que l’article du Monde auquel il réagit ne porte pas sur Guillaume Erner mais sur Raphaël Glucksmann, c’est une nouvelle fois le nom d’Erner qui est mobilisé pour personnifier l’ensemble des critiques médiatiques adressées à Jean-Luc Mélenchon. Cette personnalisation obsessionnelle d’un journaliste juif, présenté comme la matrice ou le symbole d’un prétendu front médiatique hostile, réactive un imaginaire antisémite ancien, celui du Juif qui tirerait les ficelles de la presse et de l’opinion.

Le fait que ce tweet réagisse à un article consacré à Raphaël Glucksmann renforce encore cette lecture. En ramenant une nouvelle fois la critique journalistique à la prétendue « méthode G. Erner », Jean-Luc Mélenchon ne répond ni au contenu de l’article qui le concerne à la marge, ni à ses auteurs. Il réactive au contraire un schéma où deux personnalités juives se trouvent associées comme les figures d’un même système médiatique, faisant écho au vieux fantasme d’un complot juif ou d’une influence juive occulte derrière les médias.
Cette affaire ne peut être dissociée d’un contexte plus large. Le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) montre une progression particulièrement préoccupante des préjugés antisémites parmi les sympathisants de La France insoumise, au point que leur niveau est désormais quasiment équivalent à celui observé chez les sympathisants du Rassemblement national.
Ce constat rappelle la responsabilité particulière des responsables politiques dans le choix de leurs mots et des représentations qu’ils mobilisent. Lorsqu’un journaliste juif est érigé, de manière répétée, en incarnation de l’ensemble des critiques médiatiques, y compris lorsqu’il n’est ni l’auteur ni le sujet des articles concernés, ces discours contribuent à banaliser des tropes antisémites anciens et à nourrir un climat propice à la diffusion de ces préjugés.
Le RAAR rappelle qu’il est parfaitement légitime de critiquer un journaliste, une rédaction ou un traitement éditorial. En revanche, la désignation répétée d’une même personne comme responsable de toutes les critiques émanant de la presse, qui plus est lorsqu’elle vise un journaliste juif, ne peut être dissociée de ressorts antisémites bien identifiés par l’Histoire.
À l’heure où les actes antisémites atteignent un niveau historique, les responsables politiques ont une responsabilité particulière : celle de ne pas alimenter, même indirectement, les représentations qui puisent dans le répertoire traditionnel de l’antisémitisme.