L’EXTRÊME DROITE NE SERA JAMAIS UN ALLIÉ DANS LA LUTTE CONTRE L’ANTISÉMITISME ET TOUS LES RACISMES
En quelques jours, Jordan Bardella a rendu hommage à l’insurrection du ghetto de Varsovie et sur France Culture, Marine Le Pen a affirmé avoir rompu avec son père sur la question de l’antisémitisme, assuré n’avoir « jamais été antisémite » et déclaré qu’elle ne le serait « jamais ». Dans le même entretien, elle s’est également défendue de tout racisme envers les musulman.es. Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie désormais bien connue : faire croire que le Rassemblement national aurait définitivement rompu avec l’histoire et l’idéologie de l’extrême droite.
Le RAAR rappelle qu’il n’en est rien.
L’antisémitisme et le racisme ne sont pas des accidents de parcours ou un héritage marginal du Rassemblement national. Ils demeurent un élément structurant de cette famille politique, même lorsqu’ils ne sont pas assumés publiquement. La « dédiabolisation » n’a pas consisté à faire disparaître cet héritage, mais à le rendre présentable.
Les condamnations de Jean-Marie Le Pen pour des propos antisémites ne relèvent pas d’un passé révolu. En 2023, Jordan Bardella affirmait encore ne pas croire que Jean-Marie Le Pen était antisémite.
En 2024, plusieurs candidats investis par le RN ont été épinglés pour des propos ou des références antisémites, parmi lesquels Agnès Pageard, candidate historique à Paris, qui recommandait de « relire Henry Coston », figure majeure de l’antisémitisme français, ou Jocelyn Dessigny, photographié portant un tee-shirt d’un groupe identitaire néonazi.
Caroline Parmentier députée du RN, proche de Marine Le Pen était journaliste et rédactrice en chef du journal Présent. Dans ce journal et sur son compte Facebook, elle a tenu des propos non seulement racistes mais également homophobes et antisémites.
Elle a également fait l’apologie de Pétain et de l’écrivain collaborationniste et antisémite Brasillach.
Nous pouvons également citer le député Frédéric Boccaletti qui a longtemps dirigé une librairie diffusant des ouvrages antisémites, baptisée Anthinéa, en référence à Maurras.
En mars 2026, pour les élections municipales, il a été relevé des dérives pour 40 candidats ou candidates du RN (Médiapart du 4 mars).
Ces exemples s’ajoutent aux liens persistants entretenus par Marine Le Pen avec des figures de la « GUD connexion » comme Frédéric Chatillon ou Axel Loustau.
Les travaux de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) montrent année après année que les sympathisants du RN adhèrent fortement aux principaux préjugés antisémites.
Ce n’est donc pas la disparition de l’antisémitisme qui caractérise aujourd’hui le Rassemblement national, mais sa mise en sourdine, sous le vernis de la respectabilité.
Depuis le 7 octobre 2023, le RN instrumentalise par ailleurs l’inquiétude légitime des Juif.ves de France pour nourrir son agenda xénophobe et islamophobe.
Il cherche à opposer les minorités entre elles, à désigner les musulman.es comme responsables de l’antisémitisme et à faire de la lutte contre celui-ci un outil de stigmatisation. Dans le même temps, il nie le racisme qui continue de traverser son propre camp.
Il est difficile de prétendre n’être ni raciste ni antisémite tout en continuant à défendre des mesures qui visent directement des pratiques religieuses de minorités : interdiction du voile dans l’espace public, remise en cause de l’abattage rituel halal et casher, restriction de l’expression des convictions religieuses. Derrière le discours de normalisation demeure un projet d’exclusion de certaines minorités.
La lutte contre l’antisémitisme est incompatible avec toute complaisance envers l’extrême droite. On ne combat pas une haine en s’alliant avec une idéologie qui s’est historiquement construite sur l’antisémitisme, sur le racisme, le nationalisme ethnique, la désignation de boucs émissaires et le rejet des minorités.
L’extrême droite ne protège pas les Juif.ves. Elle instrumentalise leur sécurité au service de son projet politique.
Le RAAR appelle donc à ne pas se laisser abuser par cette stratégie de normalisation. L’extrême droite ne peut pas être un partenaire crédible dans la lutte contre l’antisémitisme, pas plus qu’elle ne peut l’être dans la lutte contre le racisme. Notre combat exige la même vigilance face à toutes les formes de haine et à toutes les idéologies qui les nourrissent.