16 juillet 1942, la rafle du Vel d’Hiv : se souvenir pour agir
Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs et Juives, dont 4 115 enfants, étaient arrêtés par la police française, agissant pour le compte de l’occupant nazi. Moins d’une centaine d’adultes sont revenus d’Auschwitz ; parmi ces survivant.es, il n’y avait aucun enfant. La responsabilité du gouvernement de Vichy dans ces actes est établie depuis longtemps, notamment dans la déportation des enfants.
Pourtant, il a fallu attendre plus d’un demi – siècle pour que Jacques Chirac, en 1995, prononce les paroles que les Juifs et les Juives de France attendaient :
« La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ».
C’était l’acte que la gauche, pourtant au pouvoir après 1981, n’avait pas su accomplir.
En 1942, cette rafle, ainsi que l’obligation du port de l’étoile jaune à tous les Juifs (à partir de 6 ans), fit réagir, que ce soit la presse de la Résistance ou les églises, protestante et catholique.
Ce fut, durant ces années noires, le seul moment où l’antisémitisme nazi, secondé par celui de la collaboration française, amena une réaction significative.
Avant cette date, il n’y avait guère eu de réactions alors que les statuts des Juifs, de 1940, puis de 1941, les avaient mis au ban de la société, en en faisant des proies faciles pour les assassins nazis.
Et après l’été 1942, le rideau, un instant entrouvert, se referma sur le théâtre tragique de la vie juive menacée : en 1943 et 1944, le mot « déportation » ne fut utilisé dans la presse de la Résistance que pour parler du STO, alors que les trains de la mort des Juifs roulaient vers Auschwitz. Les rafles ayant précédé celle de juillet 1942 n’avaient guère suscité de réactions, comme n’en provoquèrent pas les suivantes, en « zone libre », où plus de 10 000 Juifs furent livrés aux nazis par le gouvernement français.
Il y eut les Justes, notamment des policiers qui, en prévenant les victimes désignées, sauvèrent des vies.
Mais, dans l’ensemble, pour reprendre les termes de Robert Badinter, « les Juifs sont morts par millions dans un immense silence ».
Il ajoutait, en 1989 : « Le souvenir de cet immense silence de la peur ou de l’indifférence nous angoisse encore ».
Comment ne pas penser à l’actualité de ces mots, alors que l’antisémitisme en mots et en actes est revenu en force dans nos vies. Alors que des artistes, des universitaires, des journalistes juifs sont boycottés, même s’ils déclarent leur opposition résolue au gouvernement israélien. Alors que diffuser de l’antisémitisme n’empêche pas d’être placé en tête de la gauche par les sondages.
Le RAAR (Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes) continuera d’alerter sur l’antisémitisme.
Être fidèles à la mémoire de celles et ceux qui furent assassiné.es il y a 84 ans, c’est faire en sorte que le silence d’alors ne se perpétue pas aujourd’hui.
Le RAAR appelle à ce que s’exprime, dans les mois à venir, une mobilisation contre l’antisémitisme, à l’heure où les héritiers des collabos de 1942, toujours obsédés par la haine de l’autre, quel qu’il soit, menacent d’accéder au pouvoir.