À propos de la déclaration de candidature de Mélenchon
Paris le 6 mai 2026
Jean-Luc Mélenchon vient d’annoncer sa candidature à la présidence de la République. Le RAAR n’est pas une organisation politique et n’a pas à se prononcer sur les programmes et les candidatures. Néanmoins, en tant que mouvement agissant contre l’antisémitisme et tous les racismes, nous devons de nous exprimer.
Jean-Luc Mélenchon, à de nombreuses reprises, a produit des déclarations antisémites, comme un certain nombre de dirigeants de LFI. Ce fut le cas récemment à propos de la prononciation de noms juifs, suivant en cela une triste tradition qui va de Céline à Dieudonné.
Deux exemples de dérives nous semblent particulièrement graves.
Le 15 juillet 2020, lors d’une interview sur BFM TV, Jean-Luc Mélenchon, interrogé sur une analogie entre les forces de l’ordre et le Christ sur la croix, répond ceci :
« Je ne sais pas si Jésus était sur la croix, je sais qui l’y a mis, paraît-il que ce sont ses propres compatriotes. »
Il reprend ainsi le plus vieux thème antisémite, celui du « peuple déicide », dont on sait les ravages qu’il a occasionné.
Lors de l’université d’été de la France Insoumise le 23 août 2024, il s’exprime ainsi :
« Et puis il y a eu la Shoah dans la Deuxième Guerre mondiale, c’est-à-dire le massacre d’une population désignée à cause de sa religion. Et maintenant voici que nous arrivons au génocide ethniciste : une population qui toute entière doit être rayée de la carte ».
Au prix d’un mensonge (la Shoah n’aurait touché que les Juifs et les Juives religieux/ses), Mélenchon tend à relativiser ce que fut l’extermination nazie pour les besoins de sa politique. Il s’attaque ainsi à la mémoire de la Shoah, si important pour les combats d’aujourd’hui.
Nous ne considérons pas cela comme de fâcheux dérapages mais comme une ligne qui ciblant et blessant la minorité juive est aussi un véritable naufrage pour la gauche. Loin d’être un détail, une variable d’ajustement, la question de l’antisémitisme a toujours été cruciale dans l’histoire de la gauche. La manière de lui tenir tête décida d’une ligne de partage entre la gauche d’émancipation et celle qui, sacrifiant les Juifs, s’est reniée elle-même.
C’est pourquoi, nous considérons qu’il est urgent de nous exprimer publiquement pour alerter : la gauche ne peut pas être représentée par un personnage qui diffuse des propos antisémites.
Il en va de ses meilleures traditions, celles de l’émancipation des Juifs et des Juives de 1791, de la défense du capitaine Dreyfus, de la Résistance au nazisme. En ces temps, la gauche, en défendant les Juifs et les Juives, a sauvegardé ses valeurs.
Le RAAR appelle celles et ceux pour qui compte la lutte contre l’antisémitisme, en lien avec celle contre tous les racismes, à refuser les dérives mélenchonistes. Nous appelons les forces de gauche à ne pas consentir à un discours qui a choisi de faire de l’antisémitisme un argument électoral. Il n’y a pas de juste milieu entre un discours qui flatte le conspirationnisme et la nécessaire lutte politique commune contre l’extrême droite.
À l’heure où celle-ci menace, il importe que, pour lui résister, ne soient présentes que des personnalités déterminées à combattre toutes les haines de l’autre, sans exception. Notre vigilance à cet égard s’exercera sans faiblir dans les mois qui viennent.