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Au RN, l’antisémitisme n’est pas résiduel, il est essentiel

Au RN, l’antisémitisme n’est pas résiduel, il est essentiel

Marine Le Pen et plusieurs hauts cadres du Rassemblement National (RN, ex-FN) viennent d’être condamné·e·s dans une vaste affaire de détournement de fonds européens. La réaction du RN contre le jugement rappelle son caractère anti-démocratique. Mais il est un autre domaine dans lequel le RN tente de masquer ses fondements : celui de l’antisémitisme.

L’extrême-droite, structurellement antisémite

Le RN adopte depuis plusieurs années une stratégie de « dédiabolisation » pour faire taire l’accusation d’antisémitisme et ainsi faciliter son accession au pouvoir. Mais derrière l’image d’un parti protecteur des Juifs·ves, l’extrême droite, évidemment raciste, reste structurellement antisémite. C’est ce que nous avions déjà montré lors des élections législatives de juin 2024.

Rappelons d’abord que le programme du RN prévoyait récemment l’interdiction des signes religieux dans l’espace public, y compris la kippa, ainsi que l’interdiction de l’abattage rituel, halal et casher.

Par ailleurs, de nombreux candidat·e·s et idéologues du RN, dans le sillage des extrêmes-droites historiques, tiennent des discours antisémites, négationnistes, et appellent à des violences contre les Juifs·ves. Nombre de leurs militant·e·s s’en prennent physiquement à des personnes juives ou à leurs symboles.

Agnès Pageard, qui représente le RN depuis 2017 à Paris, qualifie les Juifs·ves. d’être « un peuple de trop ». Elle relaie également la théorie du grand remplacement et accuse les Juifs·ves. d’en être responsables.

Le député RN Julien Odoul, reprend également cette théorie et accuse le CRIF de porter une « une écrasante et coupable responsabilité dans la situation actuelle en ayant soutenu toutes les politiques d’immigration massive ». C’était déjà la thèse de l’antisémite Edouard Drumont qui, au XIXe siècle, considérait le Juif comme inassimilable, et fomenteur de l’invasion de la nation par d’autres peuples.

Marine Le Pen entretient toujours des amitiés de longue date au sein de la « GUD Connexion », Frédéric Chatillon et Axel Loustau, proches de Alain Soral, qui demeurent à des postes clés du RN.

Elle a assuré qu’elle ne se pardonnerait jamais d’avoir exclu son père, Jean Marie Le Pen, de son parti, malgré ses 25 condamnations par la justice dont plusieurs pour antisémitisme. Jordan Bardella, président du RN, s’est également borné à dire en 2023 qu’il ne croyait pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite… On rappelle que Jean-Marie Le Pen a fondé le FN avec des membres de la Wafen-SS et de l’OAS, et que leurs successeurs ne dépareillent pas dans les rangs du RN.

Ce qui n’empêche pas sa petite-fille Marion Maréchal de dire que « s’il avait été davantage écouté sur la question de l’immigration, il y aurait probablement beaucoup moins d’actes antisémites en France ». Sous-entendu, l’antisémitisme en France, c’est la faute des Arabes.

D’ailleurs, Marion Maréchal apparaît aussi en photo avec des militants néonazis du GUD.

Elle a œuvré au sein de Reconquête!, un parti dirigé par Éric Zemmour qui a déclaré que le Maréchal Pétain « a sauvé des juifs français » — propos pour lesquels il vient d’être condamné pour contestation de crime contre l’humanité.

Par ailleurs, Zemmour a évoqué la famille du rabbin Sandler et ses enfants, assassinés par Mohamed Merah en 2012 : il n’a pas hésité à assimiler les familles des victimes et le terroriste, en leur reprochant de vouloir rester « étrangers par-delà la mort » pour ne pas avoir choisi la France comme lieu de sépulture.

Toutes ces déclarations écœurantes et bien d’autres ont été largement documentées.

Les effets de ces discours sont illustrés par le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) : selon ce rapport, les préjugés antisémites des sympathisants d’extrême droite sont aujourd’hui bien plus présents qu’ailleurs.

Non, l’antisémitisme à l’extrême-droite n’est pas « résiduel » ; il y est essentiel.

Diabolique dédiabolisation

Mais en s’affichant comme protectrices des Juif·ves, le RN tente de trouver des cautions parmi les personnes juives. Cette stratégie est hypocrite et trompeuse. Pourtant certaines personnalités juives s’y sont fourvoyées, ainsi la famille Klarsfeld qui a trouvé le soutien de Louis Alliot, maire RN de Perpignan. Ce qui a fait réagir Ginette Kolinka, rescapée de plusieurs camps de concentration : « Quand tu vois Klarsfeld qui se met d’accord avec eux, là tu te dis qu’il y a quelque chose qui ne va plus. Si même les Juifs se mettent du côté de l’extrême droite, on n’en finira jamais.» Car ces alliances sont toxiques, elles condamnent le monde à reproduire.

Depuis le 7 octobre 2023, le RN instrumentalise la peur légitime des Juifs·ves de France face à la recrudescence de l’antisémitisme ; son but est évidemment d’alimenter l’islamophobie.

Le RN tente aussi de criminaliser toute solidarité avec le peuple palestinien, déjà accablé et menacé de nettoyage ethnique par le pouvoir israélien. Perfidie ultime : en s’appuyant sur les tropes antisémites véhiculés par certains cadres de LFI, le RN désigne l’ensemble des organisations de gauche comme les agents de l’antisémitisme.

En mars 2025, Jordan Bardella et Marion Maréchal ont été reçu·e·s par le gouvernement d’extrême-droite israélien, en présence de figures d’extrême droite d’autres pays, pour participer à une « Conférence internationale contre l’antisémitisme ». Or on l’a vu, il s’agit de sceller une alliance internationale suprémaciste, aux tendances fascistes.

Comment en est-on arrivé là ?

Souvenons-nous que depuis plus d’un siècle, l’extrême-droite européenne a diffusé dans le monde entier le Protocole des sages de Sion (texte fictif commandé par le Tsar et censé révéler le projet de domination du monde par les Juifs·ves), afin d’amplifier la haine anti-juive. Aujourd’hui, elle diffuse des concepts complotistes comme le grand remplacement ou Eurabia, afin de nourrir, là encore, la xénophobie.

L’extrême droite s’est toujours fondée sur la haine de l’autre. Elle est profondément dangereuse pour les minorités et la démocratie.

Le RAAR appelle à poursuivre le combat contre l’extrême-droite.

Cela implique : n’accorder aucun crédit à ses représentant·e·s ; contester ses discours et ses mythes ; combattre son influence, y compris dans les médias ; dénoncer ses préjugés, y compris quand ils sont repris dans d’autres organisations.